PARADOXE #1 L'HOMME ET LA SÉCURITE


Je suis un paradoxe. Comme toi et tous les autres.

C’est d’ailleurs ce qui donne à l’Homme tout son romantisme. On ne sera jamais aussi beau que lorsque que l’on va consciemment se contredire. Ça prouve juste que nous sommes humain et en constante évolution. Rien est acquis. Rien est terminé. Tout est possible.

Le paradoxe sur lequel je me penche là tout de suite est celui de la sécurité. De ma sécurité.

Laquelle choisir? laquelle se construire? laquelle offrir?

J’ai toujours été impressionnée par la folie qui surgit après un traumatisme. Des personnes pétent radicalement un câble, leur cerveau ne gère plus rien. L’unique sureté possible n’est autre qu’un coin de leur cervelle, inaccessible par autrui. (c’est l’autre qui pose problème?)

Je me suis souvent dit que je ferais partie de ces gens là. A trop chercher comment exister sur cette planète, ton âme te paralyse et se met en mode pilote automatique au moindre choc. L’ultime choc. Mon esprit irait direct se cacher dans un souvenir tout doux (je vous laisse quelques instants je dois faire un petit tour dans ma mémoire pour pondre la suite de l’article)…avant de trouver LE souvenir, ça me fait penser que toutes les bonnes choses ont une fin. On va éviter de partir dans cette direction là. Du coup je coupe court en tranchant avec la pensée du petit garçon que j’ai choyé pendant un an, je me souviens être assise sur un canapé, lui se tenait debout à côté de moi, me faisant des papouilles dans les cheveux pour la première fois. Quand un petit d’à peine un an vous offre cette innocente et pure tendresse, vous souhaitez que jamais ce moment ne prenne fin.

Donc voilà, si un jour mon cerveau déjante, je serai sois un gros légume qui revivra sans cesse ce moment, soit je serais la grosse dingue qui veut que tout le monde lui touche les cheveux.

Avant que tout ne se barre en vrille, il y a cette question de sécurité qui me titille. Comment on se protège? et de quoi?

Une récente conversation autour d’un verre m’a fait constater que j’avais un discours de vieux. (sorry you old folks) Je flippe d’aller au taf super tot le matin, qu’on repère mes habitudes et que l’on me poignarde sous un lampadaire. Ça ne vous arrive pas de vous demander ce qu’il adviendrait à votre corps après votre mort? genre juste après, pas une fois sous terre ou autre, la seconde d'après? … Autre sujet, autre moment, et surtout beaucoup trop d’explications à donner pour prouver que je ne suis pas déjà un peu tarée.

Je flippe à chaque carrefour fait en vélo qu’une voiture me fonce dedans, et me fasse voler dans les airs pour mon dernier souffle. Je flippe qu’un psychopathe se cache dans mon entrée pour me faire du mal. Je flippe à chaque gros bruits dans la rue qu’il s’agisse d’une bombe. Je flippe que ma meilleure pote m’abandonne. Je flippe de ne plus jamais retombée amoureuse. Je flippe de ne jamais savoir ce qui m’épanouira professionnellement. Comme me l’a dit un lecteur, ce qu’il y a de grisant dans la vie, c’est que rien n’est jamais acquis. Je flippe de ne pas pouvoir vivre suffisamment longtemps pour pouvoir en être sure.

A côté de tout ça, mon paradoxe construit son interminable jeu de mikado.

Je suis une horrible piétonne qui ne regarde jamais ou presque pour traverser. Je suis prête à parcourir le monde pour remplir mon histoire d’aventures. Je fonce -presque- tête baissée dans le moindre challenge donné. Je me jette à corps perdu à l’Amour. Du moins j’essaie. Je ne veux pas d’un CDI ni d’une maison, je n’ai pas peur de tout quitter pour l’inconnu. .Je n'ai pas peur.

Protéger mon coeur est un frein, à quoi ça sert de vivre si l’on ne le fait pas avec passion? L’art de vivre c’est pas manger des pâtes sans gluten mon pote. Mais je me rend compte qu’il y a cette sécurité spirituelle, et la « vraie sécurité », celle qui te permet de continuer à vivre. J’ai peur du monde dans lequel je vis. Autant j’ai envie de croquer la pomme, autant ça me parait être la roulette russe tous les jours. Et j’habite ROUEN bordel de dieu. Je ne suis même pas au Mexique ou dans un autre pays où c’est vraiment la merde. Nope, je ne suis pas une chouquette. C'est peut être fait exprès tout ça, en mode la bonne vieille théorie du Carpe Diem, si on sait qu'on peut disparaitre à tout moment on se donne à fond.  Ou je vieillis juste vraiment et le surplus de conscience de tous les dangers bloque mon système.

Clementine Delaby